Haïti, Jacmel : bilan des travaux de reconstruction post-séisme
En 2010, l’école Française de Thessalonique s’était mobilisée en faveur de l’école
Alcibiade Pommayrac
appartenant au réseau de la mission laïque française, apportant une
contribution appréciée aux travaux de reconstruction dans cet
établissement. La mission laïque française rend compte de l’utilisation des fonds collectés.
L’
A.F.D. présente un bilan des actions en faveur d’Haïti.
Le bâtiment principal des classes primaires a été totalement détruit. Le
préau servant de réfectoire aux
élèves ainsi que d’autres bâtiments
ont été fissurés sans que leur intégrité soit atteinte. Des travaux de réparation ont alors été engagés pour
consolider les bâtiments et augmenter leur résistance aux séismes. Il a
fallu des hommes et du courage pour
déblayer à mains nues l’ensemble
des décombres, effacer les bâtiments détruits pour
repartir sur de nouvelles bases et reconstruire un espace
d’enseignement certes précaire, mais digne.
Dès le 15 mars 2010, quinze classes provisoires en bois et
végétaux sont construites pour accueillir la réouverture
des classes. La construction de la nouvelle école primaire débute le 18 septembre 2010 et doit faire face à de
nombreux obstacles : violentes pluies empêchant certains jours les ouvriers de travailler, passage du cyclone
Tomas stoppant le chantier pendant trois jours, élections du 28 novembre 2010 perturbant les livraisons et l’avancement
des travaux, etc. Malgré les retards et la mise en œuvre tardive de l’échéancier prévu, le chantier progresse et le
1er mars 2011, c’est avec un grand plaisir que les élèves et l’équipe pédagogique prennent possession de l’ensemble des nouveaux locaux qui
s’avèrent très fonctionnels et agréables à l’usage. Au niveau des charpentes métalliques, des contreventements ont été ajoutés de façon à renforcer la structure,
l’ensemble devenant ainsi plus résistant aux vents violents et notamment aux cyclones. Les murs de parpaings
ont été élevés entre les structures métalliques et afin de
résister à tout mouvement, y ont été liés par des« patches ». Cette technique permet que l’ensemble ne
se délite pas lors d’un éventuel tremblement de terre.
Une deuxième phase de travaux débute le 1er
juillet 2011,
comprenant principalement la rénovation de six
anciennes salles de l’école primaire, la construction
d’une salle de sport parasismique et anticyclonique
(l’ancienne présentant des risques d’effondrements), le
réaménagement d’un terrain multisports et la rénovation du système électrique de la section secondaire.
La reconstruction est aujourd’hui achevée. L’ensemble
des contrats a été réalisé conformément au cahier des
charges et dans le temps prévu, fait remarquable en
Haïti. L’équipe du Centre Alcibiade-Pommayrac tient
encore une fois à remercier l'importante mobilisation de
la MLF et des écoles du réseau, qui a grandement contribué à cette réalisation. La MLF, quant à elle, adresse ses
plus vives félicitations et tous ses encouragements à
Gérard Borne le directeur, ainsi qu’à toute son équipe.
Paroles d’élèves
"Les vacances de Noël sont terminées, le 7 janvier
les classes reprennent au grand soulagement de
tous. Les élèves sont réunis dans la cour, en petits
groupes on rit, on s’amuse, contents de se retrouver
après des jours heureux passés en famille, prêts à
affronter cette nouvelle année 2010. Le mardi 12 janvier est une journée normale, les cours se déroulent :
math, espagnol, physique, chimie… Rien d'inhabituel,
un mardi comme tous les autres. Ensuite nous allons
au sport. 16h de l’après-midi, toute la classe est sur le
terrain de football sauf Stéphane et moi : nous allons
chercher de l'eau. Soudain nous sentons une premiè-
re secousse. Nous nous retournons pour voir ce qui se
passe sur le terrain quand le sol bouge de nouveau.
Le professeur de sport demande fortement à tous les
élèves de se coucher sur le sol. Le mur à côté de nous
bouge, et moi personnellement je ne comprends pas
la gravité de la situation. Soudain je vois Stéphane
fixer le bâtiment du primaire, je le regarde et
remarque que lui aussi vacille. Une dizaine de
secondes s’écoule, sans que je ne comprenne ce qui se
passe, l’école primaire vacille encore puis s’écroule.
Deux étages réduits à un petit tas de poussière de
deux mètres de haut. Choqué, je ne peux éclater en
sanglots, je prends mes affaires et je pars avec le reste
des élèves. Dans la rue, les gens courent et crient en
s'adressant directement à Dieu : "Jésus, je sais que tu
peux me détruire, c'est inutile de me le prouver !".
Certains sont couverts de poussière, les autres de
larmes."
"Le séisme passé, mes camarades sont très
inquiets. Nous n’avons pas prévu de perdre une
année scolaire. En plus, élèves de la quatrième, nous
attendons impatiemment les examens d’État pour
atteindre bientôt la classe humanitaire : la troisième.
Beaucoup d’écoles sont effondrées ou fissurées ; nous
savons bien qu’il est impossible de reconstruire les
écoles en un temps record. Je dois admettre que la
période d’attente est insupportable. La date convenue pour l’ouverture générale de toutes les écoles est
fixée au 15 mars. On saute tous de joie quand on se
retrouve pour de bon dans l’enceinte de l’école. Les
chagrins, les pertes, les lassitudes, tout s’est envolé.
C’est tout simplement délicieux de se retrouver. Sur
notre terrain de football, on a aménagé des choucounes faites de feuilles de palmes et de bois : elles
sont aérées, spacieuses et très confortables. À part la
visite constante des lézards, nos petits voisins, je peux
dire qu’on nage dans le bonheur. Cette fois-ci plus
d’arrêt, plus de barrière, nous allons conclure une
année scolaire tant éprouvée."