Photographies de sculptures de
AUGUSTE RODIN ET ANTOINE BOURDELLE
"Des trésors dorment à l’envers des chefs-d’œuvre. Sous l’objectif d’Eric Emo, ils nous touchent
parfois autant ou plus que les faces publiques des grands maîtres, Rodin et Bourdelle. Leurs chefs-d’œuvre, nous le savions,
n’ont cessé de dialoguer avec la grande sculpture classique, pour lui rendre sa force menacée par l’académisme. On n’avait pas songé,
avant Eric Emo, que l’envers nous renvoyait à d’autres forces enfouies derrière le classicisme : grâce à la présence de ces photographies
parmi les œuvres du musée archéologique de Thessalonique, c’est un autre dialogue qui se noue entre la Grèce de nos origines et les origines de la modernité.
Nous regarderons désormais autrement ces antiques, qui reprennent une autre saveur de terre, de violence et d’étrangeté. L’envers des dieux."
"Dans le cadre d’un travail commandé par le musée Rodin,
j’ai été amené à regarder les bronzes d’une façon peu conventionnelle. Ce travail consistait à photographier tous les écrits qui se trouvent sur la
sculpture et sa circonférence. Dans la manipulation de ces œuvres, j’ai découvert la face cachée. Lorsqu’on regarde une sculpture représentant un visage,
l’intérêt de regarder l’envers ne vient pas à l’esprit. On regarde ce qui est proposé, ce que l’on reconnaît. Cet envers, cette face cachée m’ont séduit.
Petit à petit, j’ai constitué une mémoire de ces intérieurs. Dans ces volumes, qui sont comme des négatifs de la sculpture, se trouvent l’essence de la matière,
la réalité de ce que nous voyons, l’intime de la création. Les creux, les bosses, la couleur du bronze, font apparaître, d’autres visages. [….]
Très vite, après avoir fait ce travail, j’ai découvert l’œuvre de Bourdelle. Connaissant les rapports qui unissaient ces deux hommes,
j’ai souhaité faire dans le même esprit un travail sur ses sculptures et les moules en plâtre : le même sujet, mais cette fois-ci en utilisant la couleur,
et travaillant dans un autre temps. […] Les formes des plâtres sont abstraites. Elles se regardent comme une sculpture contemporaine. Ces plâtres sont autonomes,
leurs entrailles sont devenues stériles, ils existent maintenant par leur réalité plastique."
Une exposition organisée en collaboration avec le Musée Rodin et le Musée Bourdelle,
avec le soutien des Instituts français de Thessalonique et Slovénie.
A travers une collection d’une cinquantaine de photographies des sculptures d’Auguste Rodin et Antoine Bourdelle, le photographe Eric Emo
nous donne un regard neuf sur l’œuvre de deux grands artistes français.
Cette exposition itinérante, préparée en collaboration avec le musée Rodin à Paris, nous passe par la Slovénie à la Grèce,
la Serbie et l’Autriche, et sera à nouveau présentée en mai prochain, à Maribor, Capitale européenne de la Culture 2012.
Christian Thimonier
Consul Général de France et Directeur
de l’Institut Français de Thessalonique