Le souffle de la France sur l’émancipation des femmes de Thessalonique

Le souffle de la France sur l’émancipation des femmes de Thessalonique

Aujourd’hui, pour cette chronique précédant de quelques jours la Journée internationale des Femmes du 8 mars, nous souhaitons rendre hommage aux femmes et filles qui, en lien avec la France, ont enclenché l’émancipation des femmes à Thessalonique.

Il faut pour cela remonter à la seconde moitié du XIXᵉ siècle, quand se renforce le système éducatif de la Salonique de l’Empire ottoman¹ . C’est d’abord, dans les années 1870, l’Alliance israélite universelle (fondée à Paris en 1860 et pétrie de pensée française) qui initie le mouvement, en créant pas moins de 9 écoles (3 professionnelles et 6 pour filles) entre 1873 et 1910. Elle est suivie dans les années 1880 par les écoles confessionnelles (Filles de la Charité ; De la Salle) et des écoles privées françaises (Guiraud ; Petit Lycée). Et c’est bien sûr dans cette ville cosmopolite et multiculturelle du début du XXᵉ siècle, où le français est très répandu (parlé par l’élite issue de ces écoles et utilisé comme langue internationale), que la Mission laïque française choisit d’ouvrir sa première structure à l’étranger (en 1906)².

Dans ces écoles internationales vont se mélanger toutes les communautés (Ottomans, Grecs, Français, Italiens, Espagnols, Serbes, Bulgares, Hongrois, etc.) et religions (juifs -largement majoritaires-, musulmans, orthodoxes, catholiques, protestants) de la ville. Et c’est dans ce terreau ouvert et progressiste d’une ville au cœur des échanges commerciaux en Méditerranée orientale que les familles bourgeoises, qui recherchent la meilleure éducation possible, choisissent de scolariser leurs enfants, notamment les filles, et que s’amorce l’émancipation des femmes de Thessalonique.

D’autres, moins favorisées, acquièrent leur autonomie par le travail, en gagnant leur salaire et en participant éventuellement aux mouvements sociaux de l’époque. Lorsqu’en 1909 est créé à Salonique le plus grand syndicat de travailleurs des Balkans, la Fédération socialiste ouvrière de Salonique, nombreuses sont les femmes, en particulier celles de la communauté juive travaillant dans l’industrie du tabac, à prendre part aux grèves et faire valoir leurs revendications.

Quelques années plus tard, quand les maris seront mobilisés au front, les femmes vont prendre de nouvelles responsabilités, occuper une place croissante dans la société, donc renforcer leur indépendance (comme ce sera le cas dans de nombreux pays pendant la Première Guerre mondiale).

Ainsi, tant dans les milieux éducatifs que sociaux, les femmes sortent de la sphère familiale, côtoient les autres communautés, d’autres façons de penser, développent une solidarité.

C’est d’ailleurs pendant la période du front d’Orient, quand le grand incendie de 1917 détruit la quasi-totalité des écoles juives du centre-ville au pourcentage important de filles, que les écoles de la Mission laïque accueillent nombre de leurs élèves (les deux systèmes éducatifs étant très proches et les liens entre la communauté juive et le consulat de France très forts). Les effectifs triplent alors, pour atteindre 1 281 élèves pendant l’année scolaire 1917-1918, avec le plus gros contingent au Collège de filles (407, pour 334 au Lycée de garçons et 190 à l’Ecole commerciale).

L’émancipation des filles de Thessalonique ne faisait alors que commencer …

¹ Voir Chroniques du Jeudi n°11.
² Lycée de Garçons, Cours Secondaire de Jeunes Filles et École Commerciale (voir Chroniques du Jeudi n°3).
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